Saint-Gilles, l'âme vivante de l'île intense
L'île de la
Réunion porte bien son surnom d'île intense. Nulle part ailleurs dans l'océan
Indien cette intensité ne se manifeste avec autant d'évidence qu'à
Saint-Gilles-les-Bains, station balnéaire lovée entre le lagon et les hauteurs
volcaniques de la côte ouest. Ici, la mer est turquoise le matin et dorée au
coucher du soleil. La barrière de corail protège une lagune d'une douceur
incomparable, tandis qu'au large, les eaux bleues de l'océan Indien réservent
des rencontres marines d'exception.
Plongée,
sorties en mer, randonnées, surf, vie nocturne animée, gastronomie créole, Saint-Gilles
concentre en quelques kilomètres carrés tout ce que l'île de la Réunion peut
offrir de plus vivant et de plus authentique. Un port, une plage, une forêt de
filaos, et l'horizon infini. Le voyage commence ici.
La plage de Boucan Canot et le lagon, le cœur bleu de
la côte ouest
Il faut
avoir vu la plage de Boucan Canot un matin de semaine, à l'heure où les
premiers surfeurs glissent sur les rouleaux de l'océan et où la lumière rasante
transforme les vagues en lames d'argent, pour comprendre pourquoi l'île de la
Réunion attire des voyageurs du monde entier. À deux kilomètres au nord de
Saint-Gilles, cette plage de sable blanc encadrée de rochers noirs est l'une
des plus belles de l'île, protégée par des filets anti-requins qui permettent
la baignade en toute sécurité depuis quelques années.
Plus au sud,
la plage de l'Ermitage et celle de la Saline-les-Bains forment avec le lagon de
Saint-Gilles un ensemble maritime d'une cohérence rare. Le lagon, protégé par
la barrière de corail de l'Hermitage (l'une des plus longues de l'océan
Indien), offre des eaux calmes, peu profondes, idéales pour le masque et le
tuba. Sous la surface, un monde pastel s'organise, poissons-chirurgiens,
poissons-coffres, demoiselles bleu électrique et raies léopard glissant sur le
sable. On snorkelle en famille à quelques mètres du bord, dans la transparence
absolue d'une eau à vingt-huit degrés.
La plage des
Roches Noires, légèrement en retrait de l'agitation touristique, attire pour sa
part les amateurs de calme et les familles en quête d'un coin de sable à elles.
Les filaos qui bordent le rivage filtrent la lumière en dentelles d'ombre ; les
pique-niques s'installent à l'abri de la brise. C'est l'autre visage de
Saint-Gilles, celui de la douceur quotidienne, loin des circuits organisés.
Le lagon de
Saint-Gilles est aussi un terrain de jeu nautique de premier ordre. Kayak de
mer, stand-up paddle, kitesurf dans les zones dédiées, sorties en catamaran
semi-rigide, les prestataires nautiques du port sont nombreux et bien équipés.
La côte sous le vent, protégée des alizés dominants qui soufflent du sud-est,
offre des conditions de navigation particulièrement clémentes d'avril à
novembre, saison fraîche et sèche de l'île de la Réunion.
Sorties en mer et observations de baleines, l'océan
Indien en face à face
Saint-Gilles-les-Bains
est le point de départ privilégié des excursions en mer sur la côte ouest de
l'île de la Réunion. Le port de plaisance, animé dès l'aube, voit partir chaque
matin des bateaux semi-rigides, des catamarans et des vedettes rapides vers le
large. L'objectif ? Observer les baleines à bosse, qui fréquentent les eaux
réunionnaises d'août à octobre pour mettre bas et élever leurs petits dans la
douceur des eaux tropicales.
Les voir
sauter, leur masse monumentale soulevée hors de l'eau le temps d'un éclat blanc
avant de s'y engloutir dans un fracas d'écume, reste une expérience qui ne se
raconte pas vraiment. On est là, debout sur le pont d'un semi-rigide qui tangue
légèrement sous les houles longues de l'océan Indien, et quelque chose
d'essentiel se passe. Les cétacés passent à moins de cinquante mètres parfois,
indifférents à la présence humaine avec une sérénité majestueuse.
En dehors de
la saison des baleines, les dauphins tiennent la vedette. Plusieurs espèces
fréquentent en permanence les eaux proches du rivage, dauphins à long bec,
dauphins souffleurs, dauphins de Fraser. Les sorties matinales permettent
souvent d'observer des groupes de plusieurs dizaines d'individus en pleine
chasse, virevoltant sous la coque des bateaux en un ballet chorégraphié. Les opérateurs
sérieux veillent au respect des distances réglementaires, car l'île de la
Réunion a mis en place des protocoles stricts d'observation pour protéger ces
populations.
Les sorties
en catamaran incluent généralement un arrêt plongée ou snorkeling au large du
récif, suivi d'un déjeuner créole servi à bord, rougail saucisses, cari de
thon, rhum arrangé en digestif. La mer, la cuisine, la rencontre, tout est là,
compris dans quelques heures de navigation.
Les cétacés de la Réunion, quand l'océan Indien se met à vivre
Il existe des matins, au large de Saint-Gilles, où l'océan Indien semble retenir son souffle. La mer est lisse, presque huileuse, et le soleil découpe des paillettes d'or sur le bleu profond. C'est souvent à cet instant précis qu'un souffle apparaît, puissant, vertical, suivi d'un dos sombre qui bascule lentement avant de disparaître dans les profondeurs. Les cétacés sont là. Ils l'ont toujours été.
L'île de la Réunion bénéficie d'une position océanique exceptionnelle qui en fait l'un des territoires français les plus riches en observation de mammifères marins. Les eaux chaudes du canal du Mozambique et les courants profonds de l'océan Indien convergent à proximité des côtes réunionnaises, créant des conditions trophiques idéales pour une dizaine d'espèces de cétacés recensées tout au long de l'année.
La baleine à bosse est sans conteste la star de la saison hivernale. Entre juillet et octobre, ces géantes de l'océan, pouvant atteindre quinze mètres et quarante tonnes, quittent les eaux antarctiques pour venir mettre bas et élever leurs petits dans la douceur des eaux tropicales réunionnaises. Les femelles accompagnées de leurs baleineaux fréquentent la côte sous le vent, au large de Saint-Gilles et de Saint-Paul, parfois à moins d'un mille nautique du rivage. Observer une mère pousser doucement son petit vers la surface pour sa première inspiration reste l'une des scènes les plus bouleversantes que la mer puisse offrir.
Les cachalots, eux, sont présents toute l'année. Ces plongeurs hors normes, capables de descendre à plus de mille mètres pour chasser le calmar géant, croisent régulièrement dans les eaux profondes situées à quelques miles à l'ouest de l'île. Leur silhouette carrée, leur nage lente en surface, les jets obliques caractéristiques de leur évent, tout chez le cachalot inspire le respect et une forme de fascination ancestrale. La Réunion compte parmi les rares destinations au monde où leur observation régulière est possible depuis un simple bateau de plaisance.
Dauphins à long bec, dauphins souffleurs et dauphins de Fraser complètent ce tableau vivant avec une présence quotidienne. Sociaux, curieux, joueurs, ils accompagnent volontiers les embarcations sur plusieurs miles, surfant l'étrave avec une légèreté déconcertante. Certains groupes de dauphins souffleurs, sédentaires dans les eaux de Saint-Gilles depuis des générations, sont désormais bien connus des opérateurs locaux, qui savent exactement où et quand les retrouver.
L'île de la Réunion a mis en place une réglementation stricte pour encadrer ces observations, fixant des distances minimales d'approche et des vitesses de navigation à respecter. Ces règles, appliquées sérieusement par les opérateurs responsables, garantissent que les cétacés ne soient jamais dérangés dans leurs comportements naturels. Partir en mer pour les observer, ici, c'est aussi choisir de les respecter.
Plongée sous-marine, la réserve marine de La Réunion
en immersion
L'île de la
Réunion abrite l'une des réserves naturelles marines les plus riches de tout
l'océan Indien. La Réserve Naturelle Marine de La Réunion, créée en 2007,
s'étend sur vingt-cinq kilomètres le long de la côte ouest et protège les
récifs coralliens, les herbiers de phanérogames et les espèces qui y vivent.
Saint-Gilles en est le principal point d'accès.
Les centres
de plongée du port proposent des baptêmes et des formations pour tous niveaux,
du débutant absolu au plongeur technique. Les sites varient du récif peu
profond du lagon (accessible en bouteilles dès le niveau 1) aux tombants et
grottes sous-marines du large, réservés aux niveaux confirmés. La Passe de
l'Hermitage, couloir naturel ouvert dans la barrière de corail, est l'un des
spots les plus courus, des bancs de carangues à grosses têtes y tournent en
formation ; des requins pointes blanches du lagon glissent sous les plongeurs
sans leur accorder le moindre regard.
La
visibilité, de quinze à trente mètres selon la saison, permet d'apprécier
pleinement l'architecture corallienne, coraux en cerveau, gorgones, éponges
violettes, ainsi que la faune associée. Les tortues vertes remontent se nourrir
d'herbiers ; les murènes géantes occupent leurs anfractuosités ; les barracudas
évoluent en bancs lents et serrés. La plongée de nuit, organisée par plusieurs
clubs depuis le port, révèle une dimension entièrement différente du récif, crabes
de corail aux pinces rouges, poulpes en chasse frénétique, poissons-soldats aux
écailles pourpre.
Les
conditions de plongée sont optimales d'avril à novembre. La mer d'été austral
(janvier à mars), parfois agitée par les dépressions tropicales qui traversent
l'océan Indien, peut limiter les sorties et réduire la visibilité. Hors de
cette période cyclonique, la côte sous le vent de Saint-Gilles offre des
conditions presque parfaites, avec un thermocline doux et des eaux stables.
Randonnées et découvertes terrestres, quand
l'intérieur de l'île appelle
Saint-Gilles
n'est pas qu'un port et une plage. Elle est aussi la porte d'entrée d'un
arrière-pays exceptionnel que l'île de la Réunion a façonné au fil des siècles
d'éruptions et d'érosion. À moins d'une heure de route, le cirque de Mafate,
l'un des trois cirques naturels de l'île classés au patrimoine mondial de
l'UNESCO, ouvre ses bras à ceux qui aiment marcher.
Mafate est
un monde à part. Accessible uniquement à pied ou en hélicoptère, ce cirque
encaissé entre des remparts volcaniques de mille mètres abrite des villages
créoles (les îlets) où le temps semble obéir à d'autres règles. Roche Plate,
Aurère, La Nouvelle, autant de noms qui évoquent la résistance d'une communauté
humaine face à l'isolement. Les sentiers de Grande Randonnée qui y plongent
depuis les hauteurs de Saint-Paul permettent des treks de deux à cinq jours
avec nuitées chez l'habitant ou en gîtes de montagne.
Plus
accessible depuis Saint-Gilles, la forêt de Bélouve et les hauts de l'Hermitage
offrent des promenades familiales dans une végétation tropicale dense. Les
sentiers longeant les ravines, ces gorges creusées par les rivières
torrentueuses, révèlent une biodiversité floristique étonnante, fougères
arborescentes, vacoas, bois de couleur. Le pétrel de Barau, oiseau endémique à
la Réunion, survole parfois ces hauteurs à la tombée du jour.
Le Piton de
la Fournaise, l'un des volcans les plus actifs du monde, mérite un détour
absolu depuis Saint-Gilles. À deux heures de route par la route du Volcan, le
cratère Dolomieu et la plaine des Sables composent un paysage martien d'une
beauté brutale. Lorsque le volcan entre en éruption, chose fréquente plusieurs
fois par an, l'île de la Réunion se souvient qu'elle est née du feu.
Gastronomie créole et vie locale, Saint-Gilles côté
saveurs
Voyager à
Saint-Gilles sans s'arrêter à une table créole serait passer à côté d'une
dimension essentielle de l'île de la Réunion. La cuisine réunionnaise est un
syncrétisme savoureux, héritage des multiples cultures qui ont peuplé l'île, influences
malgaches, indiennes, chinoises, africaines et européennes, fondues dans une
identité culinaire unique.
Le marché
forain de Saint-Paul, qui se tient le long du front de mer le vendredi matin et
le samedi, est l'un des plus beaux marchés de l'océan Indien. Épices dorées
(curcuma, safran péi, gingembre frais), fruits tropicaux aux couleurs vives
(letchi, papaye, corossol, fruit de la passion), artisanat local et vêtements
en coton imprimé se côtoient dans un brouhaha parfumé. C'est là que se sent le
mieux le pouls vivant de la culture créole.
Les
restaurants de Saint-Gilles oscillent entre les tables de poisson grillé
servies directement sur la plage et les établissements plus élaborés du front
de mer. Le cari, plat emblématique décliné en poulet, porc, cabri ou thon, se
mange avec du riz blanc, des grains (lentilles, haricots), de la rougaille
(sauce tomate épicée) et un achards de légumes croquant. Le rhum arrangé,
macération de fruits tropicaux et d'épices dans le rhum local, clôt les repas
avec une chaleur douce qui prolonge l'état de grâce propre aux soirées
réunionnaises.
La vie
nocturne de Saint-Gilles, animée sans jamais être agressive, concentre bars de
plage, restaurants ouverts tard, petits concerts de séga et soirées improvisées
sur le port. Le séga, musique traditionnelle de l'île née de la résistance des
esclaves malgaches, se danse pieds nus sur le sable, les hanches en mouvement,
dans la chaleur moite des nuits tropicales. Une expérience à vivre au moins une
fois, au moins jusqu'à l'aube.
Organiser son séjour à Saint-Gilles
Partir à
Saint-Gilles sans quelques repères pratiques serait risquer de passer à côté de
l'essentiel. L'île de la Réunion est une destination accessible toute l'année
depuis la France métropolitaine, des vols directs relient Paris à Saint-Denis
en environ onze heures. Les saisons influencent cependant fortement la qualité
du séjour.
La saison
fraîche et sèche, d'avril à novembre, est idéale pour les activités nautiques
et les randonnées. Les températures oscillent entre 24 et 28°C en bord de mer,
le ciel est souvent dégagé, les vents alizés rafraîchissent les après-midi.
C'est également la saison des baleines à bosse (août-octobre) et la période la
plus favorable à la plongée. La saison chaude et humide, de décembre à mars,
peut être traversée par des dépressions tropicales, voire des cyclones, rares
mais existants. La mer est plus agitée, les randonnées plus glissantes, mais
les cascades gonflées d'eau et la végétation tropicale en pleine floraison
offrent un spectacle d'une vitalité extraordinaire.
Pour les
sorties en mer, la réservation préalable est fortement conseillée en haute
saison (juillet-août). Les clubs de plongée sont souvent complets plusieurs jours
à l'avance. Un budget moyen pour une semaine à Saint-Gilles comprend environ 80
à 120 euros par personne pour une sortie baleine en catamaran, 50 à 80 euros
pour un baptême de plongée, et entre 60 et 150 euros par nuit selon le type
d'hébergement (villa, hôtel de charme, appartement). La location d'une voiture,
indispensable pour explorer l'intérieur de l'île, avoisine 35 à 50 euros par
jour.
Saint-Gilles, l'intensité au bout du monde
Saint-Gilles-les-Bains
est une porte d'entrée, pas une destination fermée sur elle-même. Depuis son
port turquoise, depuis ses plages de sable blanc, depuis le pont d'un catamaran
au large du récif, l'île de la Réunion se révèle dans toute sa démesure, volcanique
et corallienne, créole et mondiale, apaisante et vertigineuse.
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