Randonner dans le GR20 en Corse, randonnée et trail, Que choisir?
Le GR20
traverse la Corse comme une épine dorsale minérale. Deux cent kilomètres de
crêtes vertigineuses, de dalles granitiques, de passages enchaînés, de
bergeries perdues dans le maquis. Ce sentier mythique, réputé comme l'un des
plus exigeants d'Europe, attire deux tribus distinctes, les randonneurs qui
l'arpentent en quinze jours, sac au dos et contemplation au cœur, et les
traileurs qui le dévorent en quelques jours, parfois moins, dans une quête de
performance et d'intensité. Deux approches, deux philosophies, deux manières
d'appréhender ces montagnes corses qui ne se donnent jamais sans effort. Le GR20
classique invite à l'immersion totale dans les paysages, aux soirées dans les
refuges où se nouent amitiés et récits, aux levers de soleil sur les sommets.
Le trail transforme le parcours en terrain de jeu sportif, où le dépassement
physique côtoie l'ivresse de la vitesse. Laquelle de ces expériences correspond
le mieux à vos aspirations ? Plongeons dans les subtilités de ces deux visions
pour éclairer votre choix.
Le GR20, sentier de légende au cœur de l'île de Beauté
Le GR20
serpente du nord au sud de la Corse, de Calenzana à Conca, traversant le parc
naturel régional dans toute sa longueur. Seize étapes officielles découpent ce
parcours titanesque qui franchit cols vertigineux, sommets culminants, crêtes
effilées. Monte Cinto, Paglia Orba, Monte Renoso, les géants insulaires
défilent, imposant respect et humilité.
La
réputation de ce sentier dépasse largement les frontières insulaires. Les
marcheurs du monde entier convergent vers la Corse pour se mesurer à ses pentes
raides, ses passages aériens, ses dalles glissantes après la pluie. La météo
capricieuse peut transformer une étape tranquille en calvaire, brouillard épais
masquant le balisage, orages violents éclatant sans prévenir, vent du sud
soufflant en tempête sur les crêtes exposées.
Le parcours dévoile une diversité stupéfiante. Au nord, les montagnes granitiques dressent leurs parois abruptes, leurs arêtes déchiquetées, leurs cirques glaciaires. Les pins laricio centenaires accrochent leurs racines aux pentes raides, dispensant une ombre bienvenue aux heures chaudes. Les bergeries abandonnées témoignent d'une vie pastorale qui perdure encore dans certaines vallées, où bergers et porcs semi-sauvages perpétuent les traditions ancestrales.
Au sud, le
paysage se métamorphose. Les montagnes s'arrondissent, le maquis envahit les
versants, exhalant ses parfums capiteux de ciste, myrte et immortelle. Les
pozzines, ces pelouses humides gorgées d'eau au printemps, tapissent les
replats d'altitude. Les plateaux d'altitude offrent des panoramas embrassant la
mer Tyrrhénienne à l'est, la Méditerranée à l'ouest.
La faune se
révèle aux observateurs patients. Le mouflon corse, symbole de l'île, broute
aux premières lueurs de l'aube sur les pentes herbeuses. Le gypaète barbu,
rapace majestueux à l'envergure impressionnante, plane au-dessus des crêtes en
quête de carcasses. Les sitelles corses, petits oiseaux endémiques, animent les
forêts de leurs trilles cristallins. Et la nuit, le ciel étoilé, loin de toute
pollution lumineuse, déploie la Voie lactée dans une splendeur sidérale.
Mais le GR20
n'est pas qu'un décor grandiose. C'est un défi physique et mental qui teste les
limites de résistance. Les dénivelés cumulés atteignent des sommets vertigineux,
mille mètres de montée, autant de descente, parfois davantage sur une seule
étape. Les passages techniques réclament concentration et sûreté du pied. Les
chaînes et câbles, installés dans les sections les plus exposées, sécurisent la
progression sans éliminer le vertige.
La randonnée classique, immersion et contemplation sur le GR20
Parcourir le
GR20 en randonnée classique, c'est s'offrir deux à trois semaines
d'immersion totale dans les montagnes corses. Le rythme s'établit naturellement,
lever aux premières lueurs pour profiter de la fraîcheur matinale, départ du
refuge vers sept ou huit heures, progression régulière ponctuée de pauses
contemplatives, arrivée au refuge suivant en milieu d'après-midi, temps libre
pour se reposer, socialiser, explorer les environs.
Le poids du sac structure l'expérience. Douze à quinze kilos sur le dos, comprenant duvet, matelas, vêtements de rechange, vivres pour plusieurs jours. Ce fardeau conditionne l'allure, impose des pauses régulières, rappelle constamment la réalité de l'autonomie en montagne. Optimiser son sac devient un art, éliminer le superflu, privilégier le matériel léger sans sacrifier la sécurité, répartir judicieusement la charge.
Les refuges,
espaces de vie collective perchés aux cols ou nichés dans les vallées,
constituent les jalons du périple. Ces bâtiments spartiates offrent dortoirs
collectifs, toilettes rudimentaires, parfois douches froides, toujours une
terrasse où converger en fin de journée. Le gardien, personnage clé de la vie
refuge, gère intendance et ravitaillement, prodigue conseils météo et
informations sur l'état du sentier, cuisine repas copieux pour reconstituer les
réserves épuisées.
La sociabilité
du GR20 classique forge des liens uniques. Les mêmes visages se
retrouvent jour après jour, partageant efforts, galères, fous rires. Les
nationalités se mêlent, Français côtoient Allemands, Italiens, Néerlandais,
Australiens venus défier ce sentier réputé. Les langues se mélangent dans un
sabir polyglotte où gestes et sourires suppléent les lacunes linguistiques. Les
soirées refuge résonnent de récits d'étapes, comparaisons d'équipements,
projets de futures aventures.
Cette
lenteur assumée permet une connexion profonde avec l'environnement. Observer
les nuances de lumière sur les crêtes au fil des heures. Repérer les traces
animales dans la terre humide. Identifier les plantes endémiques accrochées aux
rochers. Savourer le silence minéral, rompu seulement par le vent dans les pins
et le cri lointain d'un rapace. Cette contemplation nourrit l'âme autant que
les efforts épuisent le corps.
Les
variantes et sommets accessibles depuis le sentier principal invitent à
prolonger certaines étapes. Gravir le Monte Cinto, point culminant de l'île à
2706 mètres, récompense l'effort supplémentaire par un panorama embrassant
toute la Corse. Le col de Vergio, accessible en fin d'étape, permet une
baignade mémorable dans les vasques naturelles de la rivière Golo. Ces détours
enrichissent l'expérience, transformant le GR20 en voyage exploratoire
plutôt qu'en simple ligne droite à suivre.
La météo
impose ses aléas. Une journée de repos forcé au refuge, quand l'orage gronde et
que la visibilité est nulle, devient occasion de récupération bienvenue. Lire,
dormir, converser, observer la pluie battre les carreaux, ce temps suspendu
fait partie intégrante de l'aventure, enseignant patience et acceptation face
aux éléments.
Le trail, intensité et performance sur le GR20
Courir le GR20
relève d'une tout autre dimension. Les traileurs expérimentés bouclent le
parcours en sept à dix jours, certains élites en moins d'une semaine, quelques
phénomènes en trente-deux heures non-stop lors d'exploits réservés aux
surhumains. Cette vitesse transforme radicalement l'expérience, privilégiant
l'effort physique intense sur la contemplation prolongée.
La
philosophie du trail repose sur la légèreté. Le sac pèse quatre à six kilos
maximum, contenant l'essentiel absolu, vêtements de rechange minimalistes, sac
de couchage ultra-léger, vivres énergétiques concentrés. L'équipement se veut
technique, performant, compressible. Les bâtons télescopiques, compagnons
indispensables, stabilisent dans les descentes vertigineuses, propulsent dans
les montées raides.
L'effort
physique atteint des intensités considérables. Courir sur sentier technique,
franchir des passages rocheux au pas de course, enchaîner dénivelés importants
à allure soutenue, le corps fonctionne à régime élevé pendant des heures. Le
cardio flambe, les cuisses brûlent, les poumons cherchent l'oxygène raréfié de
l'altitude. Cette douleur devient compagne familière, acceptée, intégrée comme
le prix de la performance.
L'ivresse de
la vitesse procure des sensations uniques. Voler sur les sentiers, bondir de
rocher en rocher, dévaler les pentes dans une danse athlétique où réflexes et
équilibre fusionnent. Le paysage défile à grande vitesse, saisi par flashs
visuels plutôt que contemplé longuement. Les kilomètres s'avalent, les refuges
se succèdent, le GR20 devient terrain de jeu sportif où repousser ses
limites.
La solitude s'installe davantage. Partir tôt le matin, souvent avant l'aube, pour maximiser les heures fraîches. Croiser peu de monde sur le sentier, les randonneurs classiques progressant plus lentement. Les pauses se font brèves, grignoter une barre énergétique, boire quelques gorgées, repartir. L'introspection remplace la sociabilité refuge, le dialogue intérieur dominant les échanges avec autrui.
Les risques
augmentent proportionnellement à la vitesse. La fatigue accumulée altère
vigilance et coordination. Un pied mal posé sur une dalle humide, une chute sur
les passages rocheux, les conséquences potentielles s'aggravent quand la
vitesse entre en jeu. La préparation physique doit être irréprochable,
l'expérience du trail en montagne indispensable. Le GR20 ne pardonne pas
l'approximation.
Les courses
organisées, comme le mythique Restonica Trail ou d'autres événements sur
portions du GR20, permettent d'expérimenter cette approche dans un cadre
sécurisé. Balisage renforcé, ravitaillements réguliers, assistance médicale, ces
compétitions offrent un premier contact avec le trail sur ce terrain exigeant,
avant d'envisager une traversée autonome.
Préparation physique et mentale, deux exigences distinctes
Aborder le GR20
en randonnée classique réclame une condition physique correcte sans nécessiter
un entraînement d'athlète. Marcher régulièrement plusieurs mois avant le
départ, augmenter progressivement les distances et dénivelés, tester son équipement
lors de sorties d'entraînement, ces préparatifs suffisent pour la plupart des
pratiquants habitués à la montagne.
Le mental
joue un rôle crucial. Accepter l'inconfort, dortoirs bruyants, nuits courtes,
alimentation monotone, hygiène sommaire. Gérer la fatigue cumulative, les
courbatures du lendemain se superposent à celles de la veille, les ampoules
prolifèrent malgré les précautions, le corps proteste face à l'effort
quotidien. Maintenir la motivation quand l'étape s'éternise, que la chaleur
accable, que le refuge semble ne jamais se rapprocher.
Le trail sur le GR20 exige une préparation autrement plus poussée. Condition physique d'athlète indispensable, endurance cardiovasculaire développée, musculature renforcée spécifiquement pour les dénivelés répétés, chevilles solides capables d'encaisser les chocs des descentes techniques. L'entraînement s'étale sur des mois, combinant sorties longues en montagne, fractionné pour développer la vitesse, renforcement musculaire pour prévenir les blessures.
L'expérience
compte énormément. Maîtriser les techniques de course en descente, savoir gérer
son effort sur la durée, reconnaître les signaux d'alarme du corps avant la
blessure. Les novices du trail feraient mieux de débuter sur terrains moins
engagés que le GR20, accumulant expérience et confiance avant
d'affronter ce monstre.
La gestion
nutritionnelle diffère radicalement. En randonnée classique, les repas refuge
fournissent l'essentiel des calories, complétés par des encas pendant la
marche. En trail, l'autonomie alimentaire devient cruciale, gels énergétiques,
barres, fruits secs constituent l'essentiel de l'alimentation en mouvement.
L'estomac, sollicité par l'effort intense, tolère mal les aliments solides,
imposant une nutrition liquide ou semi-liquide.
L'hydratation
structure également l'approche. Le randonneur peut se permettre de vider sa
gourde, sachant qu'une source l'attend au prochain refuge. Le traileur doit
calculer précisément ses besoins, gérant ses réserves pour éviter la
déshydratation sans s'alourdir inutilement. Les systèmes d'hydratation type
poche à eau facilitent cette gestion, permettant de boire régulièrement sans
interrompre la progression.
Logistique et hébergement, deux philosophies opposées
La
logistique du GR20 en randonnée classique s'organise autour des refuges.
Seize structures jalonnent le parcours, distantes de quatre à huit heures de
marche. Réserver plusieurs mois à l'avance devient impératif en haute saison,
les places partant rapidement. Les refuges proposent dortoirs collectifs,
emplacements de bivouac, ravitaillement basique, pâtes, conserves, fromage,
charcuterie, vin corse.
Le portage
se simplifie grâce à cette infrastructure. Pas besoin de tente, le refuge ou le
bivouac à proximité suffisant. Les vivres se réapprovisionnent régulièrement,
limitant le poids transporté. Certains refuges proposent même des paniers repas
complets, allégeant davantage la charge.
Les variantes par les vallées permettent de rejoindre des villages pour se réapprovisionner, faire une lessive, déguster un vrai repas au restaurant, dormir dans un lit confortable. Ces échappées civilisationnelles ponctuent agréablement le périple, offrant répit et récupération avant de replonger dans l'effort.
Le trail sur
le GR20 impose une autonomie accrue. Les refuges servent de points de
passage, ravitaillement ou repos bref, rarement de lieux de nuitée. Beaucoup de
traileurs privilégient le bivouac sauvage, plantant leur tarp ultra-léger dans
des zones autorisées, maximisant ainsi la liberté de progression.
La logistique
devient plus complexe. Planifier les étapes selon ses capacités, prévoir les
points de ravitaillement, anticiper les conditions météo pour éviter de se
retrouver bloqué en altitude. Certains traileurs organisent des dépôts de
vivres dans des refuges stratégiques, s'assurant un ravitaillement sans
alourdir le sac pendant plusieurs jours.
Le matériel
se veut minimaliste mais fiable. Un sac de couchage léger supportant des
températures de cinq à dix degrés, un tarp ou une tente ultra-légère de
quelques centaines de grammes, un réchaud compact pour les soirées fraîches.
L'équilibre entre légèreté et sécurité demande expérience et discernement.
Les
conditions météorologiques impactent différemment les deux approches. Le
randonneur peut attendre au refuge que l'orage passe, reporter une étape,
adapter son programme. Le traileur, engagé dans un timing serré, doit souvent
composer avec des conditions difficiles, progresser malgré brouillard ou pluie,
accepter des niveaux de risque plus élevés.
Quelle approche choisir pour votre GR20 ?
Le choix
entre randonnée classique et trail sur le GR20 dépend de multiples
facteurs personnels. Votre condition physique actuelle constitue le premier
critère. Un entraînement sportif régulier, une expérience du trail en montagne,
une absence de blessures chroniques orientent vers l'approche rapide. Une
pratique occasionnelle de la randonnée, une découverte récente de la montagne
suggèrent la version classique.
Vos aspirations profondes comptent tout autant. Recherchez-vous performance et dépassement, ou immersion et contemplation ? Privilégiez-vous l'effort physique intense, ou l'équilibre entre marche et découverte ? Appréciez-vous la solitude introspective, ou la convivialité des refuges ? Ces questions méritent réflexion honnête.
Le temps
disponible influence évidemment la décision. Quinze jours minimum pour la
randonnée classique, une semaine pour le trail expérimenté. Votre agenda
professionnel, vos contraintes familiales déterminent en partie l'option
praticable.
L'expérience
montagnarde joue un rôle déterminant. Le GR20 n'est pas un sentier
d'initiation. Les néophytes devraient envisager d'autres parcours moins engagés
avant de s'attaquer à ce monstre. Une première fois sur le GR20 se fait
idéalement en randonnée classique, permettant de découvrir le terrain,
d'appréhender les difficultés, de construire des souvenirs riches. Un retour
ultérieur en mode trail devient envisageable, fort de cette connaissance
préalable.
La saison
influe également. Juillet-août voient affluer les randonneurs, saturant les
refuges, encombrant les passages techniques. Juin et septembre, mois plus
calmes, offrent des conditions météo généralement favorables avec moins de
fréquentation. Les traileurs peuvent profiter de cette tranquillité relative pour
progresser rapidement sans trop croiser de monde.
Certains
imaginent des approches hybrides, alterner journées trail et journées
contemplatives, courir les sections faciles et marcher les passages techniques,
mixer autonomie bivouac et nuits refuge. Cette flexibilité enrichit
l'expérience, combinant avantages des deux philosophies.
Le GR20, une quête personnelle aux multiples visages
Le GR20 demeure ce qu'on en fait. Terrain de jeu sportif pour athlètes en quête de records, chemin initiatique pour randonneurs aspirant à se dépasser, le sentier accueille toutes les motivations sans jugement. La montagne ne distingue pas entre vitesse et lenteur, elle exige respect, préparation, humilité face aux éléments.
Randonner le
GR20 classique offre une immersion totale dans les montagnes corses,
tissant des liens profonds avec paysages et rencontres. Le temps long permet
l'observation, la contemplation, l'intégration progressive de cette beauté
minérale. Les refuges structurent une vie collective éphémère, créant une microsociété
solidaire où s'entraider devient naturel.
Courir le GR20
procure une ivresse sportive unique, transformant le sentier en défi athlétique
où repousser ses limites. L'intensité de l'effort, la concentration requise par
la technicité du terrain, la satisfaction de boucler en quelques jours ce que
d'autres mettent deux semaines à accomplir, cette approche séduit les sportifs
aguerris.
Mais au-delà
de ces considérations techniques, le GR20 reste avant tout une aventure
humaine. Qu'on le parcoure en quinze jours ou en une semaine, à pied posé ou en
courant, le sentier transforme ceux qui l'arpentent. Il enseigne persévérance
quand les jambes flageolent. Il révèle des ressources insoupçonnées quand
l'étape semble interminable. Il rappelle notre fragilité face à la montagne,
notre dépendance aux éléments, notre besoin des autres.






























